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Cellules souches : table ronde

Quelles sont les questions éthiques soulevées par l’utilisation des cellules souches ?

vendredi 11 janvier 2013

Vif succès pour la rencontre "Cellules souches : enjeux et promesses" du 18 décembre 2012, puisqu’une centaine de personnes étaient présentes dans l’Amphithéâtre de l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. Après leurs interventions (de grande qualité), les chercheurs ont dialogué avec le public sur le thème "Quelles sont les questions éthiques soulevées par l’utilisation des cellules souches ?".

La table ronde, animée par Daniel Fiévet, journaliste scientifique et chroniqueur à France Inter, réunissait Laure Coulombel, directrice de recherche à l’Inserm, Xavier Nissan et Mathilde Girard, chercheurs à I-Stem, Gilles Lemaitre, ingénieur de recherche à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne, et Grégory Jouvion, chercheur à l’Institut Pasteur.
Voici un résumé, que nous espérons fidèle, de cette discussion.

Les progrès de la science sont rarement anodins pour la société. Au contraire, ils suscitent souvent leur lot d’interrogations : quels bénéfices peut-on en tirer ? Quels en sont les risques ? Mais aussi : ces progrès sont-ils acceptables d’un point de vue éthique, respectent-ils les règles qui régissent le « vivre-ensemble » dans nos sociétés ? Tenter de répondre à cette dernière question implique d’adopter une réflexion dynamique, capable d’évoluer au fur et à mesure que sont introduites des avancées scientifiques, ou des paramètres nouveaux, afin d’établir des normes qui sont admises par la collectivité.

La recherche sur les cellules souches ne déroge pas à cette nécessaire prise de distance critique. Quelles questions éthiques pose-t-elle ? Il faut d’abord tenir compte de la grande diversité des cellules souches : cellules souches adultes, cellules souches embryonnaires, cellules souches adultes « reprogrammées », etc.

CELLULES SOUCHES ADULTES, REPROGRAMMÉES, EMBRYONNAIRES

L’utilisation des cellules souches adultes en médecine ne pose pas de problème particulier. Elle renvoie, comme pour les greffes d’organes, à la question du don des cellules. En France, le don est totalement anonyme et gratuit. On parle de « consentement éclairé » du donneur, c’est-à-dire qu’il doit avoir été parfaitement informé des tenants et aboutissants de son geste. Par ailleurs, la loi prévoit que le donneur ne peut tirer de bénéfices financiers, même si ses cellules pouvaient donner lieu à un titre de propriété intellectuelle.

Le cas des cellules souches adultes reprogrammées (ou cellules iPS) est plus délicat sur le plan de l’éthique. En effet, contrairement au don de cellules classique, il s’agit de créer, à partir de cellules prélevées sur le patient, des « lignées » cellulaires qui sont potentiellement immortelles [1] : on peut utiliser les mêmes cellules dans 40 ans, les partager entre laboratoires du monde entier. Comment informer convenablement le donneur sur les utilisations futures de ses cellules ?
A l’heure actuelle, il n’y a pas de législation spécifique à ce type de cellules en France.

Pour ce qui est des cellules souches pluripotentes embryonnaires, la question qui se pose avant tout est la suivante : d’où vient l’embryon ? Il vient d’un processus de fécondation in vitro, dans un cadre de soins en réponse à un problème d’infertilité. Il est donc conçu pour accomplir un projet parental. Seuls les embryons surnuméraires qui ne font plus l’objet d’un projet parental sont utilisés pour la recherche. Ils sont confiés à la science au terme d’un délai de réflexion et d’information de trois mois entre un premier consentement et le consentement final.

Aujourd’hui, les chercheurs ne manquent pas d’embryons : en effet, la plupart des laboratoires travaillent sur les mêmes lignées cellulaires (cinq ou six lignées qui sont répandues à travers le monde).

LE PARTAGE DE L’INFORMATION

Autre problème posé par la recherche sur les cellules souches : comment partage-t-on l’information avec le public ? La façon dont l’information est « livrée » à la société est essentielle. Il faut se méfier par exemple des "excès" d’informations trop optimistes ; il ne faut pas faire croire qu’une découverte peut être transformée en une application thérapeutique immédiate. Il y a le temps de la recherche fondamentale et celui de l’application thérapeutique : peut-être 10, 15, 20 ans après, voire jamais ! Un exemple de cette dérive malheureuse dans certains pays : le « stem cell tourism ». Il s’agit de cliniques privées qui font croire à des traitements miraculeux à base de cellules souches à des malades gravement atteints.

LA LÉGISLATION FRANÇAISE SUR LES CELLULES SOUCHES EMBRYONNAIRES

En France, la recherche sur les cellules souches embryonnaires est permise depuis 2004 dans le cadre de dérogations accordées par l’Agence de la biomédecine. Sont jugés en particulier la pertinence du projet de recherche, sa finalité médicale et le fait qu’il n’existe pas d’autres alternatives que l’utilisation de cellules souches embryonnaires. Jusqu’à présent, la très grande majorité des dossiers déposés ont été acceptés. Toutefois, certains critères prévus par la loi posent problème : par exemple, il ne faut pas qu’il existe une méthode alternative grâce à laquelle le projet de recherche aurait pu être réalisé (par exemple, les cellules iPS). Or, il est particulièrement difficile de répondre à cette question tant les incertitudes sont encore nombreuses. Le point de vue défendu par les chercheurs est le suivant : ils doivent pouvoir avoir accès à la diversité des cellules souches.

La loi est en cours d’évolution puisque le 4 décembre, un projet a été voté par le Sénat, pour passer de ce régime d’interdiction avec dérogations à une « autorisation encadrée ». Cela pourrait avoir un impact important pour les PME ou les industriels qui voudraient travailler sur ces cellules souches : en effet, il n’est pas envisageable pour une société privée de s’engager dans un projet de recherche sous un régime d’interdiction. D’autre part, cela permettrait aux chercheurs, dont l’objectif est avant tout de comprendre les maladies et à terme de soigner les malades, de travailler dans un cadre plus stable d’acceptation et de valorisation par la société de leurs travaux.

QU’EN EST-IL DANS LES AUTRES PAYS ?

D’une manière générale, on trouve les législations les plus favorables dans les pays anglo-saxons : Etats-Unis (avec des différences entre les Etats), Angleterre (par exemple, l’Angleterre autorise la création d’embryons à visée de recherche ainsi que le transfert nucléaire, au contraire de la France). Il y a deux pays en Europe qui sont beaucoup moins permissifs : l’Allemagne (qui commence à s’ouvrir un peu avec l’autorisation de l’importation de cellules souches embryonnaires) et l’Italie. Bien sûr, cette diversité de législations pose de nombreuses questions, puisqu’il est possible de contourner certaines contraintes de la loi française en se rendant à l’étranger.

ET LE CLONAGE ?

Pour ce qui est du clonage, ce n’est plus du tout un sujet de recherche à l’heure actuelle. Le clonage dit reproductif est d’ailleurs strictement interdit à l’échelle internationale. L’idée du clonage dit « thérapeutique », ou « transfert nucléaire » a été envisagée pour produire des cellules souches pluripotentes issues des patients eux-mêmes, à une époque où on ne disposait pas des cellules souches adultes reprogrammées : les cellules iPS l’ont depuis rendu complètement obsolète.

Notes

[1Le terme de lignée cellulaire désigne une population de cellules qui sont capables de se multiplier un grand nombre de fois en laboratoire tout en conservant leurs caractéristiques.

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